Pas un pli

Publié le par Conchita

Mercier s’était évertué, avec méthode et logique, et ce qu’il lui restait de conviction après cette journée folle, à requérir contre l’accusé, au travers d’une plaidoirie qui laisserait des traces dans les annales du Ministère de la Justice.

Verdict : Bernard avait été relaxé pour vice de procédure.

Parmi les badauds présents dans la salle, une seule voix s’était élevée, celle du Loir, qui se mit à hurler dans son sommeil :

-   Je tiens à faire remarquer à votre Excellence que le jury n’a pas délibéré et, quels que puissent être les témoins de bonne moralité qui se sont succédé à la barre, tous aussi sérieux et honorables qu’ils soient, ceci n’en occulte pas moins le fait que le couvert soit mis pour plus de trois personnes !

Ce qui nous oblige à nous serrer comme des harengs-saurs dans un coin de la table. Ceci est contraire aux usages de la Cour. Qui plus est,  je n’ai perdu aucun mot de ce qui ne s’est pas dit,  j’ai tout observé. Les minutes du procès ne sont pas recevables, votre montre marque deux jours d’avance ! Vous enfreignez de ce fait la règle quarante-trois, par là même numéro deux.

Le Président Pradier fit remarquer que l’heure n’était pas une question de temps et qu’ayant passé une partie de son enfance dans les prétoires, il savait qu’en matière de procès, l’avaleur n’attend pas le nombre des années. Sur quoi,  arguant d’un rendez-vous pour le thé, il planta là le Loir, le Chapelier et toute la clique.

Des témoins de dernière minute tentaient de s’infiltrer dans la salle, les gardes avaient du mal à les contenir tant ils étaient nombreux. La nouvelle avait transpiré, montant le long des tiges, des racines jusqu’aux feuilles, pour atteindre la cime.

Le chat s’ébroua, ronchonna et marmonna :

- Ainsi, il n’y a plus moyen de rêver au royaume du Cheshire. Il faut à présent que les loirs se mettent à tout comprendre au temps. Personne ne vous a sonné, frutivore velu, les pendules du Palais ne sont plus remontées depuis des lustres. Vous n’allez pas chercher midi à quatorze heures ! Apprenez qu’il n’y a qu’une seule règle ici, celle des trois coups. La messe est dite.

La messe ! Mon Dieu, j’allais oublier mon rendez-vous ! Chelsea Old Church était à un jet de salive, mais il me fallait prendre des provisions. Les cuisines du Royal Hospital étaient désertes entre la fin du petit déjeuner et la préparation du brouet de midi. Les quelques reliefs abandonnés par les marmitons devraient suffire à mon équipée, comme les plans, récupérés derrière le radiateur.

Stéphanie avait pris quelques congés et sa suppléante, Proserpine, nommée par la remplaçante de Bernard, retenu pour un congrès de psychopathes, avait un faible pour un médecin du nom de Baraque, ce qui laissait augurer de soirées endiablées. Au moins de quelques plages sur la mer de ma Tranquillité.

J’en avais profité pour rassembler, outre quelques idées ramassées çà et là, les derniers petits cailloux collectionnés les jours de saucisse-lentilles.

Ce pouvait être utile, dans Londres, aujourd’hui envahi de remplisseurs de poubelles de bonnes mœurs et de Napoléon en goguette.

J’avais caché à Proserpine, dont le véritable prénom était Alexandra, que j’étais passée vers les dix heures par la case courrier, surveillée de près par une tortue des Galapagos et un homard américain, et que j’y avais trouvé, au beau milieu des missives portées à domicile, une enveloppe jaunie.

Timbrée, affranchie de toute marque évidente. Pourtant la transparence était aveuglante : cette lettre n’était adressée à personne.

C’était bien la lettre que j’attendais. Enfin, enfin, quelqu'un ne m’avait pas écrit !

C’était la meilleure nouvelle depuis des siècles.

Plus besoin désormais de lécher ces infâmes timbres chez le vaguemestre.

La réponse, je n’étais plus obligée, même sous la torture de Mercier, de Pradier, ou de qui que ce fût, de ne pas l’écrire.

 

enveloppe

 


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Anna de Sandre 25/05/2010 22:14


J'espère que vous lisez le blog Jamais de la vie de Dominique Chaussois...


Conchita 26/05/2010 13:19



Non, mais je vais y regarder Depluprès !



Chr. Borhen 16/05/2010 17:34


Bonjour Conchita.

Bon, n'y allons pas par quatre chemins : je ne comprends rien. Alors soit vous recourez une nouvelle fois à quelque manoeuvre dilatoire - et parfois drôle - pour griller le poisson, soit vous
faites preuve de diligence et enfin vous m'expliquez.

À bientôt.


Conchita 16/05/2010 22:54



Bonsoir, Chr.


J'essaie, depuis que suis au centre des quatre chemins, de trouver la route. La diligence, je l'attends avec grande impatience et le poisson je l'ai dévoré. Laisser le temps au temps, est-ce une
manoeuvre dilatoire ?



Saravati 16/05/2010 14:23


Encre sympathique, mots dits saouls, temps caracoleur : où donc pourrons-nous poser les pieds au milieu de ce micmac ?


Conchita 16/05/2010 22:55



Evitez le mileu, Saravati, on y fait de mauvaises rencontres !



AppAS 15/05/2010 15:18


Lewis C. !


Conchita 15/05/2010 20:14



My God ! Appas Livingstone, dear friend !