Bons becs

Publié le par Conchita

Je relèverais ce gant qu'on me jetait, sauvagement, au visage. Fût-il de velours.

Remonter sur mes grands chevaux n'était pas de circonstance mais il fallait, coûte que coûte, à la sueur de mes armes, sortir de ce guet-apens, de ce piège, tendu comme une arbalète, qui ne me faisait plus peur. J'avais, bien mieux que les larmes chevillées au corps, la force.

La force de remonter les courants d'air, les tremblements qui contraignent à se taire et les mots, aiguisés à la pierre de lune. De quoi briser toute velléité de révolte.

 

Mon frère était venu, au retour du marché de la rue Saint Charles. Le souffle était passé très près.

La rue était en effet fort animée ce matin.

L’explosion d’un magasin s’était produite, alors que le patron était occupé à travailler dans sa cave et l’on avait entendu comme le bruit d’une bombe, aux dires des témoins éparpillés comme des grains de pollen, à même le trottoir.

On déplorait 17 blessés par la déflagration et fort heureusement aucun client ne se trouvait dans la boutique au moment de l’accident. La police d’investigation avait accouché de son verdict, étudié les restes au carbone 14, autant dire qu’ils dataient en matière de remontage du temps.

La folie qui avait ébranlé le microcosme du quinzième arrondissement, et de façon ciblée la boutique de Georges Roger, marchand de volailles, sise entre les numéros 114 et 118, était due à l’événement le plus terrifiant des cent dernières années : l’éruption d’un frigidaire. Les témoins parlaient de lave et de geysers, de propulsion dans les cieux de cendres et de sables du Sahara.

Des dieux qui vomissaient les restes de leurs beuveries, en plein Paris. 75. France.

Ils avaient perdu leur jugement. Le choc, disaient les psychiatres.

En matière de chocs, ils se posaient là. Car, démontant toutes les thèses déposées à la Société des Auteurs et autres institutions détentrices de garantie, l’imagination était plus crue que la réalité : la vitrine d’une confiserie voisine comptait parmi les victimes les plus sérieusement touchées.

Et je savais que je n’aurais pas aujourd’hui à me mettre sous la langue de ces douceurs promises.

Plus de roudoudous, de Car en sac, de sucettes au café au lait, pas plus que de nounours enrobés d’une millimétrique couche de chocolat, ni de caramels à un centime, ni de fraises étincelantes de sucre, ni de pailles remplies de coco à gober, pas plus que de pastilles à l’anis, ni de bergamottes de Nancy, la vélocipédiste empêtrée dans Pétrarque.

Sale coup. Très sale coup. Très très sale coup. Très très très sale coup.

J'étais à nouveau frappée d'écholalie. La commotion, diraient mes docteurs chéris, aux diagnostics circonstanciés, référencés, répertoriés et étiquetés.

- Muriel, tu m'entends ?

Je percevais, au-delà du prisme éclaté du bois dont on faisait les tiroirs, une voix fluette.

Un son frappé du sceau du diamant.

- Muriel, c'est moi, c'est Philippe, c'est ton frère. Je t'attends, on va retourner chez l'épicier devant l'église.

Je te promets qu'on refera les zouaves, avec Lulu et Manu.

Je surveillerai la porte et tu feras du gringue au père Laurent.


 

 

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Pourquoi m'appelait-il Muriel ?

Ils essayaient donc une nouvelle technique.

L'oubli.

 


 



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Saravati 17/04/2010 19:39


Si, je crois que tu es un peu fiole sur les bords !
Faire de la balançoire en solitaire, comme un vieux loup de mer délesté ?
Et qui ramassera les morceaux si jamais ...?


Conchita 17/04/2010 21:06



Pas de panique, Sarah dear, mes dessous ne seront pas visibles, je ne risque rien sur mon escarpolette ! Je veux juste prendre un peu l'air de rien, je vais y arriver, j'ai un gène pour ça, c'est
mon pote depuis toujours.